un peu d'histoire...

J'espère que vous prendrez plaisir à lire et consulter les différents documents présentés ci-dessous ! Ils ont été fourni par Jan M. Pêle-mêle vous trouverez, des extraits et photos de la presse locale (Presse de la Manche) des photos et affiches, et surtout la traduction de la lettre du GI qui a participé à  l'organisation du match en 1944 : de vrais trésors.

Laurent.
 

la lettre du Wing Commander Thomas Francis Neil

Merci beaucoup pour vos appels téléphoniques, courriers et informations à propos du 100ème régiment aéroporté, neuvième armée de l’air de l’air US et leur match avec l’équipe de Saint Pierre Eglise en juillet 44. Ce fut une surprise magique de recevoir vos lettres qui m’ont rappelé cette merveilleuse occasion, maintenant si lointaine.
Malheureusement je me souviens mal des noms des participants et la plupart des officiers américains qui y participèrent nous ont depuis longtemps quittés, leurs moyenne d’age serait de 95ans au moins. Aujourd’hui je suis dans ma 89ème année et un petit jeune en comparaison.
 
Un, dont je me rappelle est l’auteur de plusieurs lettres que vous m’adressez, WL Sade, un officier des services spéciaux. Sade, bien sûr parlait couramment le français et bien sûr on se l’arrachait comme interprète. Il prétendait aussi, fièrement descendre du marquis de Sade, le pervers sexuel qui était un tel spécialiste de la cruauté, de sorte que le mot sadisme fait partie maintenant de la notre langue. Je dois peut-être, préciser que ce William Sade ne fut jamais très populaire dans notre régiment d’aviation.
 
Dans une note moins désagréable mais importante, j’ai bien peur de devoir confirmer que je ne pourrai venir en juin, étant membre éminent du comité de la Bataille d’Angleterre, je suis impliqué dans de nombreux évènements importants du début juin, et une grande partie de l’été. Pourtant en récompense à ma non-participation, je peux décrire plus librement les incidents de cette période agitée.
 
J’ai rejoint le 100ème régiment d’aviation en janvier 1944 et ai quitté l’Angleterre avec eux pour l’invasion et puis en Europe jusqu’au début de 1945. J’ai trouvé là, beaucoup d’amis, que j’ai régulièrement rencontrés ou auxquels j’ai écrit pendant des années, jusqu’à ce qu l’un après l’autre, ils nous quittent, certains même en 2008.
Je me souviens tout particulièrement d’Homer L Sanders, le colonel commandant le régiment (plus tard général de brigade), le colonel Alvin Hill, un ami proche de Sanders, et son principal officier d’administration, et le médecin capitaine Robert A Patterçon qui devint finalement le chirurgien en chef de l’armée de l’air US
 
Dans mon mustang, fiable (P51D) avec d’autres, j’atterris d’abord à Cricqueville en France le 1er juillet 1944, avant de me diriger vers St Pierre Eglise (tout près de Cherbourg) Environ le 10.
 
Nous fûmes loges là, tous les officiers supérieurs, au château, un énorme bâtiment en assez mauvais état, dont un des traits principaux étaient des équipement sanitaires également anciens et décrépits, mais qui pour nous étaient absolument charmants, étant donné que la plupart du temps nous avions du faire nos petites affaires, perchés accroupis sur des bastings en équilibre au- dessus des trous, dehors.
Les propriétaires du châteaux étaient, je m’en souviens, un couple plutôt refroidissant, le marquis et sa femme qui nous accueillirent fraîchement et sans enthousiasme, ayant été apparemment prévenus par les allemands, qui avaient quitté les lieux quelques jours avant, de ne pas devenir trop chaleureux étant donné qu’ils reviendraient (les allemands) bientôt.
Un autre trait dont je me souviens étaient les champs de mine qui entouraient le château, en fait tout le domaine, mines anti-personnel « S » car quand elles explosent c’était à hauteur de poitrine avant « d’arroser » la victime de billes en fer.
Plus tard j’ai rencontré plusieurs victimes françaises qui furent tués ou sévèrement mutilés par ces armes terribles. Ce fut à la fin de juillet que je fus invité à organiser un match de foot : les membres du 100ème régiment aéroporté, et une équipe de Saint Pierre Eglise qui n’était pas ravie de participer, car je leur avais dit que mes collègues américains ne connaissaient pas très bien le football, de plus je n’avais pas d’équipement. Pourtant le lendemain un des officiers s’éclipsa pour réapparaître des heures plus tard avec une montagne de maillots, shorts, chaussettes, protège tibias et chaussures, toutes neuves et totalement raides et dures, garnies de crampons, de dangereuse allure. Je savais qu’elles présentaient un, vrai problème par un été très chaud, étant donné que le sol allait être dur comme du fer et méchant pour les pieds.
 
Le jour fixé, l’équipe française arriva, l’air efficace et élégante, tandis que leur collègues américains ressemblaient à des clowns de pantomime ; rien n’était à la bonne taille, leur chaussures leur martyrisaient les pieds et ils insistaient pour porter leurs casquettes de baseball, la visière tournée vers l’arrière, certains même avec leurs gants, en dépit de la chaleur.
Puis le match commença, suivi d’une heure et demie de total brouhaha et ce que l’on peut décrire comme à se rouler de rire : je m’arrachais les cheveux à crier des instructions qui n’étaient pas respectées ; mais la plupart du temps hystérique…
 
Le match commença, le ballon projeté en l’air, et les dix de mon équipe donnèrent la charge en masse pour l’attraper avec des cris et hurlements de guerre de peaux-rouges. Ils n’avaient aucune idée d’une formation et d’un poste à tenir, et ils se ruaient sur les français comme une marée humaine, les dispersant comme paille au vent et fauchant l’adversaire comme des quilles de bowling. En quelques seconde l’équipe française complètement désarçonnée était battue, les tibias étaient pelés, du sang répandu, quelques un d’entre eux étaient si stupéfaits qu’ils se dirigèrent comme des marmots surpris, vers la ligne de touche pour « se tirer » de là. Puis alors que le ballon était à hauteur de visage, pour être repris de la tête, si les américains en perdirent leur bonnet, ils se retirèrent en bon ordre pour les récupérer et les remettre sur la tête. Trente minutes plus tard, mon équipe américaine était complètement essoufflée. Certains handicapés par des chaussures qu’ils ne connaissaient pas, les avaient ôtées et à cloche pied dans leurs chaussettes ou carrément pieds nus, à regarder les ampoules. Mais le pire était encore à venir. Au coup de sifflet de la mi-temps, des bouteilles de champagne apparurent comme par magie, des stocks réservés pour la Wehrmacht, s’était trouvés libérés et bientôt les joueurs, une bouteille dans une main et dans l’autre leurs chaussures, faisaient la fête, déchaînés et libres de tout soucis. Les Français marquèrent comme ils voulaient et à ce jour je n’ai pas la moindre idée du score final et je ne me souviens pas non plus des spectateurs. Le match fut une défaite. En tant que lien pour des relations à venir, la journée fut un succès retentissant.
 
Ensuite, en moins d’un mois, le 100ème « wing fighter » (régiment d’attaque aérienne) s’en alla vers Rennes, le terrain d’aviation fut repris par les Black Widow, combattant du nuit (=de la veuve noire) et le match de foot devint un simple souvenir. Je pris grand soin de ne jamais réorganiser de match de foot pour mes collègues américains…
Ils ont beaucoup mieux réussi au baseball et à d’autres sports.
 
J’espère que ces quelques évocations du passés contribueront aux réjouissances de cette journée. 
 
Meilleures salutations.
 
Wing Commander Thomas Francis Neil